RThPh 144 (2012/I), P. 47-72
Ingeborg SCHÜSSLER
Religion rationnelle et religion révélée
L’interprétation pratico-morale de la Trinité chez Kant
(avec un aperçu sur son dépassement chez Hegel et Schelling)

Résumé
Kant distingue la religion rationnelle universelle des religions historiques révélées et la considère comme leur noyau. Le représentant éminent en est la religion chrétienne qui est la plus rationnelle. Elle doit en effet sa structure trinitaire à la philosophie platonicienne développée par le néoplatonisme et le platonisme chrétien. Dans la tradition antique et médiévale, la foi chrétienne relève de la  theôria. À l’époque moderne, cette foi “théorique” semble une «foi d’église» vide et dogmatique. Kant la révolutionne en la fondant sur la raison pratique morale du sujet moderne certain de soi. Concevant le Dieu trinitaire par rapport à ce qu’il est pour nous dans notre vie pratico-morale, il laisse ce qu’il est en soi (sa nature), comme accessoire, à la religion révélée “théorique” – ouvrant par là le divorce entre certitude et vérité de la religion. Hegel et Schelling conçoivent alors Dieu comme l’Absolu certain de soi et englobant qui se révèle «en soi» dans  l’histoire du monde et «pour soi» dans les religions révélées.

I. SCHÜSSLER, Rational religion and revealed religion. Kant’s practical and moral interpretation of the Trinity (with a glance at its development in Hegel and Schelling), RThPh 2012/1, 47-72 p.
Kant distinguishes universal, rational religion from historical, revealed religions and considers the one the seed of the others. The strongest representation of this is the Christian religion, which is the most rational. It owes its Trinitarian structure to Platonic philosophy as developed by Neoplatonism and Christian Platonism. In ancient and mediaeval tradition, Christian faith stems from the theôria. In modern times, this “theoretical” faith seems to be a “faith of the church”, empty and dogmatic. Kant revolutionizes it by grounding it in the practical and moral reason of the modern, self-confident mind. Conceiving the Trinitarian God in relation to what He is for us
in our practical and moral lives, he abandons what God is, his nature, as secondary to revealed “theoretical” religion. Thus he initiates a divorce between certainty and truth in religion. Hegel and Schelling go on to conceive of God as Absolute identity, self-revealing “in-itself” in world history and “for itself” in revealed religion.