RThPh 2011/1, p. 1-18.

Claire PAGÈS
Hegel et Levinas: autre altérité, autre danger

Résumé
Où situer le danger? Qui court un risque et qui le fait courir à qui? Il s’agit de présenter deux analyses inverses de la notion de danger. Leur originalité tient au fait qu’il ne semble pas y avoir pour elles d’équité ou de réciprocité dans le danger: la menace vient exclusivement d’un côté de la relation. Pour
Hegel, c’est le moi qui est l’objet de menaces. L’auteur de ces menaces est toujours l’autre, celui que je ne suis pas, et c’est précisément son altérité qui en fait une puissance dont je peux craindre la violence. C’est pourquoi la vérité – et la sécurité – se trouve toujours du côté de la réduction de la transcendance
de l’autre. Pour cette raison, Levinas affirme qu’il n y a pas d’autre dans la philosophie de Hegel, absence qu’il analyse justement comme un danger: c’est l’autre qui court un risque, et la menace vient de moi. La menace n’émane plus de l’étrangeté de l’autre, mais au contraire de la suppression de cette
étrangeté. Ce qu’il est à craindre est, pour Hegel, que l’autre mette la main sur moi, et, pour Levinas, que je mette la main sur l’autre.

C. PAGES, Hegel and Levinas: a different alterity, a different danger, RThPh. 2011/1, p. 1-18.
Where is the danger? Who is at risk and who is a menace to whom? This article presents two opposite analyses of the notion of danger. Their originality lies in the fact that there seems to be no fairness or reciprocity in danger: the threat comes exclusively from one side of the relationship. For Hegel, oneself is always the object of threats. The source of these threats is always the other person, the one I am not, and it is precisely the other’s alterity which is a force whose violence I should fear. That is why truth – and security – are always to be found in reducing the transcendence of the other. For this
reason, Levinas claims that there is not an other in the philosophy of Hegel, an absence which he analyses as a danger; it’s the other who is at risk, and the threat comes from me. The threat no longer emanates from the strangeness of the other, but, on the contrary, from the suppression of this strangeness. What is to be feared, for Hegel, is that the other lays a hand on me, whereas for Levinas, it’s that I lay a hand on the other person.