RThPh 143 (2011/II), p. 161-180.

Lorenzo MENOUD
Quel discours critique?
Réflexions sur la nécessité du jugement esthétique

Résumé
Dans cet article, l’auteur cherchera à déterminer si le jugement esthétique est nécessaire ou non à notre rapport aux oeuvres d’art. Certains philosophes, comme Jean-Marie Schaeffer, pensent qu’il nous est possible d’avoir une expérience esthétique sans formuler de jugement. Selon lui, le jugement n’est qu’une conséquence possible de la conduite esthétique et non pas sa condition définitoire. Au contraire, pour un philosophe comme Rainer Rochlitz, la rationalité argumentative est inhérente à la sphère artistique, dans la mesure où considérer une oeuvre d’art, c’est en même temps juger de sa valeur. L’auteur essaiera alors d’apporter une réponse originale à cette question en introduisant notamment l’idée de jugement*, c’est-à-dire d’évaluation implicite à toute perception d’une oeuvre d’art. Cela lui permettra de soutenir qu’il existe effectivement une relation interne entre notre expérience des oeuvres d’art et le jugement esthétique, mais sans devoir adopter la conception intersubjective de Rochlitz

L. MENOUD, Which critical discourse? Reflections on the necessity of esthetical judgement. RThPh 2011/11, p. 161-180.
In this article, the author tries to determine if esthetical judgement is necessary or not in our appreciation of works of art. Some philosophers, such as Jean-Marie Schaeffer, think that it is possible for us to have an esthetical experience without forming any judgement. For him, judgement is only a possible consequence of esthetical leading and not conditional for its definition. On the contrary, for a philosopher such as Rainer Rochlitz, argumentative rationality is inherent in the artistic sphere, so that to consider a work of art is at the same time to judge its value. The author tries to bring an original response to the problem by introducing the idea of a judgement*, that is to say by implicit evaluation, to any perception of a work of art. This permits him to maintain that there is, in effect, an internal relation between our experience of works of art and esthetical judgement, without having to adopt the inter-subjective idea of Rochlitz.