RThPh 143 (2011/II), p. 145-160

Catherine KÖNIG-PRALONG
Corps rêvés et corps infernaux

Le sommeil d’Augustin

Résumé
Dans la culture antique, le rêve était un moyen de prophéties et de divinations. En philosophie, il offrait aux divers scepticismes un argument en faveur du solipsisme, signifiant l’impossibilité de discriminer entre le monde intramental de la conscience et un éventuel monde extérieur. Chez Augustin, aucun de ces deux usages du rêve n’est prioritaire. Le monde rêvé acquiert plutôt une dimension ontologique et morale, dans le contexte d’une anthropologie théologique qui accentue de plus en plus la dimension corporelle de l’homme. Monde médian, le monde imaginaire possède le même type d’être que les enfers. La nécessaire ligature de l’âme humaine au corps présuppose que l’âme séparée du corps physique se dote aussitôt d’un corps de substitution, un corps imaginaire, pour continuer à vivre et pécher en rêve, à souffrir en rêve comme aux enfers.

C. KONIG-PRALONG, Dream bodies and infernal bodies. Sleep in Augustine. Sleep and dreams in ancient knowledge. RThPh 2011/II, p. 145-160.
In ancient culture, dreams were the vehicle of prophecy and divination. In philosophy, they offered to various sceptics an argument in favour of solipsism, meaning the impossibility of discriminating between the intra-mental world of consciousness and an eventual exterior world. In Augustine, neither of these two uses of dreams is important. The dreamed world acquires rather an ontological and moral dimension, in the context of a theological anthropology accentuating more and more the corporal dimension of humankind. As a medial world, the imagination possesses the same type of being as the infernal. The necessary tying of the human soul to the body presupposes that the soul separated from the physical body immediately acquires a body of substitution, an imaginary body, in order to continue to live, suffer and sin in dreams, as in Hell.