RThPh 143 (2011/I), P. 19-34

Yannick BURRI
Dire le temps: l’emploi bergsonien de la métaphore
Résumé

Tout au long de son oeuvre, Henri Bergson s’est penché sur le temps du vécu qu’il nomme «durée», une notion qu’il a, des années durant, cherché à cerner. Du point de vue de l’énonciation de sa pensée surgit une difficulté: comment mettre des mots sur une notion qui a pour caractéristique d’échapper aux schèmes de penser habituels, de se soustraire aux filets du logos ? Si, comme il le souligne, «[I]a pensée demeure incommensurable avec le langage», il se doit d’ouvrir une nouvelle voie pour formuler malgré tout sa pensée en faisant appel à des ressources langagières proprement inhabituelles, voire étrangères à la philosophie. Pour dire le temps, le philosophe se doit de briser les cadres de la pensée conceptuelle. Ainsi, l’emploi de la métaphore, habituellement ressource du langage poétique, devient sous la plume du philosophe français un outil privilégié du philosopher, transcendant les concepts pour atteindre ce qu’il nomme l’intuition de la durée immanente à chacun de nous.

Y. BURRI, Speaking of time: the Bergsonian use of metaphor, RThPh 2011/I, p.19-34.
In all his writings, Henri Bergson sought to define worked the notion of time lived,which he called duration. In the enunciation of his thought, emerges a difficulty: how to put words to a notion which characteristically escapes habitual schemas of thought and logical traps? If, as he claims, «thought remains immeasurable by language», we need, nevertheless, a new way to formulate his thought by calling upon unusual or even un-philosophical linguistic resources. In order to speak of time, the philosopher must expand the framework of conceptual thought. Thus, the use of metaphor, normally a
poetical resource, becomes in the writing of the French philosopher an excellent tool for philosophy, going beyond the concepts in order to reach what he calls the immanent intuition of duration which each one of us has.