RThPh 2009/IV, p. 377-389.

Christophe PERRIN
L’Épreuve au miroir

Résumé
Si nous autres êtres humains ne sommes pas «à l’épreuve des épreuves», les philosophes, pourtant, peinent à faire en pensée l’épreuve de l’épreuve, peu s’étant efforcés de conceptualiser ce vécu déchirant. Aussi est-ce l’ambition de ces pages que d’éclairer cette réalité et de clarifier son idée en perçant à jour l’un de ses paradoxes constitutifs : l’épreuve n’étant réellement ce qu’elle est que pour qui ignore qu’elle est ce qu’il vit, sans quoi s’amoindrit son caractère proprement éprouvant, penser l’épreuve semble revenir à saisir sur le vif l’écorché vif qu’est l’éprouvé, en faisant fi de l’objection qui demanderait quelle connaissance prendre de celle-ci auprès de lui si lui-même la méconnaît comme ce qu’elle est. Ainsi l’épreuve ne se voit-elle qu’au miroir de l’éprouvé.

C. Perrin, Testing in the mirror, RThPh 2009/IV, p. 377-389.
If we other common mortals are not beyond testing, philosophers have real difficulty to put into thought the testing of hardship, as they have little forced themselves to conceptualize such heart-rending experience. So it is the ambition of this study to expose this reality and to clarify the idea by bringing to light one of its characteristic paradoxes: an ordeal only being what it is for the person who ignores that he/she is going through it, otherwise its trying quality would be reduced, to think the ordeal seems to mean seizing immediately the hyper-sensibility that is the ordeal, while not caring about the objection that no knowledge can be made of the ordeal by the person experiencing it if he or she herself is unaware of what it really is. In other words, hardship only sees itself in the mirror of hardship.