RThPh 2009/I, p. 1-28.

Jean-Marie BEYSSADE
En quête d’une ontologie cartésienne : sur trois formules à corriger
(Lettre à un inconnu, 1642 ou 1643, AT V 545-546)

Résumé
Après les Meditationes qui ont fait connaître les racines de sa métaphysique, avant les Principia qui vont développer sa physique, Descartes met au point avec un interlocuteur ami et inconnu les «façons de parler», les formules techniques les mieux adaptées à la nouvelle philosophie dans son intégralité. Pour Dieu, l’être suprême, sa liberté est indifférence mais non pas pouvoir de choisir entre des contraires. Et sa causalité, comme causa sui, cause de soi, est entièrement positive, mais elle est causalité formelle et non pas efficiente. Quant aux choses matérielles dont l’ensemble constitue le monde, la causalité est strictement mécanique, tant de Dieu à la machine du monde qu’il crée, comme cause efficiente et totale, d’une seule et même matière, qu’entre ces corps et leurs mouvements qui sont causes secondes les uns des autres. L’ensemble de ces formules corrigées fait signe vers ce qui s’appellera, d’un terme encore
absent chez Descartes, mais qui se généralisera après lui, une sorte d’ontologie. Nous nous proposons de le montrer en commentant une importante lettre de Descartes (AT V 545-546).

J.-M. Beyssade, In search of a Cartesian ontology : three correctable formulas (letter to an unknown recipient, 1642 or 1643, AT V45-546), RThPh 2009/I, p. 1-28.
After the Meditationes, which made known the bases of his metaphysics, and before the Principia, in which he would develop his physics, Descartes, with an unknown friend and interlocutor, worked out the «ways of speaking» the best adapted to the new philosophy in its totality. The liberty of God, the Supreme Being, is indifference but not the power to choose between opposites. And his causality, as causa sui, is entirely positive, but it is formal causality and not efficient. As to the material things which constitute the world, their causality is strictly mechanical, as much from God to the world machine that he creates, as total and efficient cause from one and the same unique matter, as between bodies and their movements which are secondary causes one of another. The ensemble of these corrected formulas point to what would be called a sort of ontology, though the term is still absent in Descartes and would be generalized after his time. We propose to show this in commenting upon one of Descartes’ important letters (AT V 545-546).