RThPh 2007/IV, 295-310 p.

Pierluigi PIOVANELLI
Rewritten Bible ou Bible in progress ?
La réécriture des traditions mémoriales bibliques dans le judaïsme et le christianisme anciens

Résumé
Dans les traditions juives et chrétiennes, on trouve, à côté d’un ensemble d’écrits canoniques (ensemble dont la définition précise varie d’ailleurs selon les communautés), toute une littérature «deutéro-canonique» (ou «apocryphe») et pseudépigraphe. Depuis longtemps, les spécialistes – en particulier dans le monde anglo-saxon – ont pris l’habitude d’analyser cette littérature sous l’angle de la «réécriture» des traditions bibliques. Cette approche soulève toutefois plusieurs difficultés, en particulier parce qu’elle tient pour acquise la fixation des traditions bibliques au moment où se constitue ce qui deviendra la littérature «apocryphe». Au contraire, en dialogue avec plusieurs travaux récents, l’étude suivante défend et illustre l’idée qu’il convient d’approcher le problème du point de vue de la mise en place progressive de «traditions mémoriales» dans le judaïsme et le christianisme anciens. Dans ce processus complexe, le phénomène de la réécriture ne reflète pas nécessairement la soumission à un original considéré comme «autoritaire» ou normatif, mais témoigne bien plutôt de la très grande fluidité des traditions «scripturaires» recueillies par les communautés à cette époque.

P. Piovanelli, Rewritten Bible or Bible in progress? The re-writing of memorial biblical traditions in ancient Judaism and Christianity, RThPh 2007/IV, 295-310 p.
In both Jewish and Christian traditions, alongside the collection of canonical scriptures (the definition of which varies according to the different communities), there exists a whole domain of apocryphal and pseudepigraphic literature. For a long time, specialists, especially in the Anglo-Saxon world, had the habit of analysing this literature as «re-writings» of biblical traditions. This approach presents several difficulties, however, notably because it takes for granted the fixing of biblical traditions before the formation of the literature which would become «apocryphal». In dialog with several recent studies, the present article defends and illustrates the idea that, to the contrary, it would be better to approach the problem from the point of view of a progressive fixing of «memorial traditions» in ancient Judaism and Christianity. In this complex process, the phenomenon of re-writing would not necessarily reflect submission to an original text considered as «authoritarian» or normative, but show rather the great fluidity of scriptural traditions gathered by the communities of that era.