RThPh 2007/III, 227-247 p.

Philippe CARDON

Débat : Lire Karl Barth aujourd’hui
L’audace de la théologie : peut-on encore être théologien après Karl Barth ?
À propos du livre de Denis Mu?ller, Karl Barth

Étude critique suivie de quelques réflexions impertinentes à propos de la théologie considérée comme une aporie de la pensée

Résumé
La parution aux éditions du Cerf d’une nouvelle introduction à la théologie de Barth, due à la plume éminente de Denis Mu?ller, nous fournit l’occasion d’une réflexion sur les caractéristiques nécessaires d’un ouvrage de la sorte et sur les difficultés du genre. En effet, il semble a priori inutile d’ajouter
quelques feuilles supplémentaires à l’immense production consacrée à Barth, spécialement s’il s’agit d’introduire une fois encore globalement à une pensée mille fois exposée. Denis Mu?ller prend le risque, poussé par la conviction que le temps est venu d’une lecture plus distanciée, plus sereine, qui permettra
de faire taire les fausses querelles et les mauvais procès. Mais bien qu’il y parvienne en grande partie, le problème majeur de son ouvrage semble le refus inconscient d’une lecture vraiment radicale de Barth qui permettrait de le situer véritablement à sa juste place sur l’horizon de la théologie du XXe
siècle, comme le théologien qui rend impossible la théologie, dans la ligne d’Overbeck et à l’image de l’entreprise heideggérienne en philosophie.

P. Cardon, The Audacity Of Theology: Can One Still Be A Theologian After Karl Barth?, RThPh 2007/III, 227-247 p.
The publication by Cerf of a new introduction to the theology of Barth, eminently penned by Denis Mu?ller, gives us the occasion to reflect upon the necessary characteristics and the difficulties of such a work. A priori, it does not seem useful to add a few supplementary pages to the already immense yield of books dedicated to Barth, especially in the case of yet another global introduction to his thinking, which has already been done a thousand times. Moved by the conviction that the time has come for a more distant, more serene reading, to permit a cessation of false quarrels and bad proceedings, Denis Mu?ller takes the risk. However, though he does largely succeed, the main problem of his book is an unconscious refusal to read Barth in a really radical way, which would truly situate him in his rightful place on the horizon of the theology of the 20th c., as the theologian who makes theology impossible, like Overbeck or what Heidegger did in philosophy.