RThPh 2006/IV, p. 329-341.

Muriel GILBERT
Pour une critique psychanalytique de l’identité narrative

Résumé
L’herméneutique du soi proposée par Paul Ricoeur dans les années quatre vingt-dix fait une large place au récit autobiographique. Elle place ainsi au coeur de la constitution de l’identité personnelle la capacité de faire retour sur soi en termes narratifs. Abordée sous l’angle non seulement de la permanence d’un noyau substantiel – la mêmeté – mais également de celle impliquée dans l’acte de tenir parole – l’ipséité – l’identité est ici conçue comme étant narrative. Seul un sujet capable de se raconter serait ainsi capable du maintien de soi dans la parole donnée. Or, confrontée à l’hypothèse de l’inconscient, cette conception narrative de l’identité fait problème : que ce soit au niveau anthropologique et métapsychologique d’une part, ou au niveau de la méthode et de la clinique psychanalytique d’autre part, le récit autobiographique ne saurait rendre compte de la dimension inconsciente de l’expérience. Elle ne peut en ce sens constituer un concept directeur dans le champ théorico-clinique ouvert par Freud.

M. Gilbert, A psychoanalytical critique of narrative identity, RThPh 2006/IV, p. 329-341.
The hermeneutics of the self proposed by Paul Ricoeur in the 1990’s gives a large place to autobiographical narrative. At the heart of what constitutes personal identity, then, is the capacity to reflect on oneself in narrative terms. Seen not only from the angle of the permanence of a substantial core – selfsameness – but also from that implied in the act of discourse – ipseity – identity is conceived of as being narrative. Only a subject capable of telling about itself can maintain the self in what is told. However, when confronted with the hypothesis of the subconscious, this narrative conception of identity is problematic: whether at an anthropological or a meta-psychological level on the one hand, or on the level of method and of clinical psychoanalysis on the other, autobiographical narrative cannot render an account of the unconscious dimension of experience. It cannot in this sense be a directive concept in the clinical theory field opened by Freud.