RThPh 2004/IV, p. 387-400.

Christian INDERMUHLE et Thierry LAUS
En finir avec le désir
Michel de Certeau et l’hétérologie des voix

Résumé
Depuis plusieurs décennies la philosophie, comme la théologie, a trouvé dans la thématique du désir une tentative paradoxale de sauvegarder une pensée de la totalité. À partir de Michel de Certeau, une pensée du multiple pur qui puisse entendre le bris des voix mondaines est possible. Par un parcours en trois temps, les auteurs tentent d’exposer comment, au niveau des discursivités, l’histoire, opération du deuil et de l’écart, se défie de l’emmurement opéré par la philosophie; puis, au niveau des singularités, comment la mystique, par l’exemple d’un poème de Jean de la Croix, ne s’exacerbe pas d’un désir porté vers l’absent, mais dévoile la présence sans rassemblement des multiplicités; enfin, pourquoi cet effondrement de l’un ne verse pas, au niveau ontologique, dans une tautologie de l’être. Par homologie, il faut entendre un discours et une volonté qui visent à rassembler autour de l’Identité ou du Même. Par hétérologie, un discours et une volonté qui visent à la Différence ou à l’Autre. Mais, c’est le point, un tel discours d’altérité peut à son tour être altéré, inquiété comme logos d’un écart qui vient dire ou tracer l’écart, dans le logos même.

C. INDERMUHLE and T. LAUS, To have done with desire. Michel de Certeau and the heterology ofvoices, RThPh 2004/IV, p. 387-400.

For several decades, philosophy, like theology, has found in the thematic of desire a paradoxical attempt to preserve some notion of totality. After Michel de Certeau, it has become possible to think of the purely multiple being capable of hearing the breaking down of earthly voices. In three points, the authors try to show, on the discursive level, how history, a process of bereavement and divergence, distrusts philosophy’s walling up of things; on the level of peculiarities, how mysticism, in an example of a poem by Jean de la Croix, does not exacerbate itself with a desire for the absent, but reveals the presence of un-gathered multiplicities; and finally, on the ontological level, why this collapse of oneness does not end in a tautology of being. By homology, one must understand a discourse on and a will to gather around Identity and Sameness. By heterology, a discourse on and a will for Difference and Otherness. However, and this is the point, such a discourse on alterity can also, in turn, be alterated, disturbed as logos by a divergence which comes and says or marks out the divergence within the logos itself.