RThPh 2004/IV, p. 399-415.

Pierre GISEL
Lire Michel de Certeau en théologicien

Résumé
Lire Certeau en théologien, c’est consonner avec une articulation à l’histoire, vue dans ses discontinuités et comme lieu de productions, imaginaires et autres, et ainsi scène d’un désir et d’une exposition maximale au monde. On renvoie alors à un excès, jamais dit directement, mais en travail au coeur
du présent et de l’immanence. Lire Certeau en théologien, c’est assumer ainsi une modernité signant la fin du rapport à un cosmos différencié et signifiant, pour entrer dans une passion de l’Unique, absent. Au creux d’une perte, d’un exil, d’une épreuve, qu’attestent les mystiques, eux qui disent un corps à corps avec le monde, une altération originaire, un avènement singulier. Et qui les écrivent. Or, la théologie est justement articulée à de la mémoire, textuelle et fictive, et aux jeux institutionnels à laquelle cette mémoire émarge, fût-ce sur mode d’écart ou de dissidence; et son travail passe par l’anthropologie d’un croire, de dimension radicalement humaine et irréductible en l’humain. S’y dit une subversion, non un dépassement, du monde.

P. GISEL, Reading Michel de Certeau as a theologian, RThPh 2004/IV, p. 399-415.
To read Certeau from the point of view of a theologian is to dovetail with history, seen in its discontinuities and as a place of creations of the mind, imaginary or not, and thus of desire as well as of maximum exposure to the world. An excess is referred to which, never directly stated, works nevertheless at the heart of presence and immanence. To read Certeau as a theologian is to assume a modern hallmarking of the end of connectedness to a differentiated and meaningful cosmos and to become passionate about a Uniqueness, which is absent. In the hollowness of loss, exile, trials, the mystics testify to a hand-to-hand battle with the world, to an original alteration, to a singular approach. And they put it to writing. Theology, however, is linked precisely to memory, textual and fictive, and to the institutional set-up upon which this memory depends, even in the form of divergence or dissidence; and its work passes through an anthropology of belief, of radically human dimensions yet irreducible to the human. One might say a subversion rather than a surpassing of the world.