RThPh 2010/I, p. 39-54

Beat MICHEL
L’Âme entre corps et esprit
Le concept husserlien de soubassement à la lumière de la phénoménologie matérielle de Michel Henry

Résumé
L’oeuvre de Michel Henry aura été de «recueillir» et développer le côté affectif de la phénoménologie, que Husserl, dans un passage clé de ses Idées directrices, a délaissé au profit du côté intentionnel de la subjectivité – tout comme trois siècles plus tôt Descartes avait «recueilli» la subjectivité écartée par Galilée. Le texte qui suit compare le concept de soubassement, ou âme, chez Husserl avec celui de chair chez Michel Henry. On verra que les deux philosophes parlent d’une couche sensible, qu’on peut d’une certaine manière situer entre corps et esprit, de deux points de vue diamétralement opposés. Au-delà de l’opposition entre les deux philosophies, cette recherche mène à une interprétation topologique du rapport entre corps, âme et esprit, tel que suggéré par le terme husserlien de soubassement, et propose un éclairage différent de la notion henryenne d’auto-affection.

B. Michel, The soul between body and spirit, RThPh 2010/I, p. 39-54
Michel Henry’s objective was to “pick up” and develop the emotional side of phenomenology, which Husserl, in a key passage in Ideas, left aside in favour of the intentional side of subjectivity – just as Descartes, three centuries earlier, “picked up” subjectivity left aside by Galileo. In this article, we compare the concept of the sub-basement, or soul, for Husserl, with that of the body for Michel Henry. We will see that both philosophers speak of a sensitive layer that can be situated in a certain manner between body and spirit, from two diametrically opposite points of view. Beyond the opposition of the two philosophies, this research leads to a topological interpretation of the relation between body, soul and spirit, as suggested by Husserl’s term sub-basement, and proposes a different light on Henry’s notion of self-affection.